Léti, 36 ans

juin 23, 2017

L’attraction de mon corps


L’acceptation de mon corps et de mon image m’a toujours fait penser à une attraction de foire où mon estime peut dégringoler et, tout aussi subitement, se reconstruire après un looping. Serais-je lunatique ? Je ne pense pas. Fragile peut-être...


À 36 ans, je pense que je peux évoquer 5 périodes où mon corps et ma tête n’ont pas été en phase. À chaque fois, un des deux est susceptible de me plonger vers le vide ou de me propulser vers le haut.


1 - La montagne russe


À 12 ans, je faisais déjà quasiment ma taille d’adulte, je fumais, buvais occasionnellement les weekend lorsque je sortais danser avec mes frères et sœurs ainées. Nous avons plus de dix ans de différence, et ils m’avaient pris sous leurs ailes, dans leur bande d’amis. Je me sentais grande, je me sentais mature, je me sentais bien.

L’entrée au collège et la fréquentation de jeunes de mon âge ont marqué une période assez difficile pour moi, j’ai eu beaucoup de mal à m’adapter à leurs conversations stériles et à leurs disputes de gamins.

Toutes ces différences ont commencé à tracer dans ma tête une pente sinueuse où peu à peu, je me perdais. Je ne savais plus qui j’étais, je devais réapprendre à me questionner et à découvrir qui j’étais, seule, sans ma troupe protectrice.

J’ai commencé à me rendre compte que je n’avais pas le même corps que les filles de ma classe. En plus de faire une tête de plus qu’elles, j’avais déjà un 38 de pantalon, un 40 au pied et des expressions de visages plus marquées. Comme quoi, quand on dit que l’on a l’âge que l’on a dans la tête, ce n’est pas si ridicule... Je ne réalisais pas que j’étais tout simplement plus femme. Je me contentais de me voir plus large et grosse qu’elles. Je ne connectais pas avec les filles, ou du moins très peu. Et les hommes, attirés uniquement par la prononciation de mes seins ne m’intéressaient pas.


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2 - Tour de chute


Ici, telle cette attraction totalement verticale et qui vous lâche d’un coup, sans vous prévenir et sans la possibilité de faire marche arrière, je me suis réfugiée dans le bien-être que me procurait la nourriture.

Petit à petit, je me suis rendu compte que je passais des soirées ou des moments cachés à dévorer tout ce qu’il y avait dans le frigo. De préférence le sucré. Je me souviens que j’en mangeais jusqu’à réellement en avoir mal au ventre. En cachant les papiers des emballages, chez ma sœur où je vivais à l’époque, j’avais peur d’être humiliée si elle découvrait le pot aux roses.

Cependant, j’avais encore plus honte de ce que je venais de faire, de me goinfrer et d’y avoir pris du plaisir. Seulement en me gavant comme une oie, j’arrivais à me sentir en paix avec moi-même, comme si le réconfort de la nourriture dans mon ventre comblait un vide en moi. Mais ce plaisir s’échappait très vite, laissant place aux remords. Je me rendais compte de ce que j’avais fait et je ne supportais pas garder tout ça en moi. Mon ventre tout gonflé me répugnait.

Les mois d’expérience m’ont appris à vomir quasiment à la demande presque sans être obligée d’utiliser les doigts. J’étais devenue également experte dans la sélection des aliments... Pour celles qui sont déjà passées par là et qui savent...

Le plus dur dans tout cela, c'est que l’on ne parle pas de ce genre de choses. Ayant grandi dans une famille où toute émotion doit être préservée, intime, je ne pouvais pas en parler. Ce sont des faiblesses que l’on ne partage pas.


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3 - sensations fortes de mes 19 à 25 ans à l’étranger,


À Londres, j’ai trouvé une autre source de plaisir : le sexe !

Au début, l’alcool, penchant pour lequel j’ai toujours un faible, m’aidait à être pompette et à me sentir à l’aise dans mon corps. Sans ces complexes qui me gâchaient la vie, je pouvais savourer des moments charnels intenses. Je mangeais dans tous les plats : les célibataires, les hommes mariés, les jeunes, les plus mûrs, les timides, les éhontés. Je ne cherchais que l’expérience et le plaisir.

C’était là aussi un excès, j’en avais conscience, mais celui-ci, faisait que j’étais désirable, bien dans mon corps.


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4 - Le looping, qui m’a mis la tête à l’envers et qui m’a fait revenir dans le droit chemin.


J’ai encore changé de pays, mais cette fois, ce n’était pas pour fuir sinon pour complaire un souhait, celui de connaitre Barcelone. J’étais enfin prête pour m’ouvrir réellement à quelqu’un. Et cet Homme s’est présenté, certainement aussi dégénéré que moi à l’époque, mais comme on dit (ma mère surtout) : il y a toujours un fou pour une folle ! Cet homme m’a aidé à mieux me connaître et à me débarrasser de ce carcan fictif, mais bien réel pour moi qu’était mon corps. Ses attentions, ses gestes, ses désirs et sa sensibilité m’ont propulsée au summum de ma gloire de femme. Je me sentais forte et belle.


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5 - Hypercoaster, l’autre montagne russe : encore plus vertigineux


À mes 33 ans lorsque je suis tombée enceinte de nos jumeaux, j’ai savouré pleinement ma grossesse. J’avoue qu’à ce moment-là, j’étais consciente que je n’étais pas la plus sexy, bien entendu les 30 kilos que j’avais pris n’aidaient pas à me rendre une image si glamour de moi, mais j’ai connu là le premier été où je ne me cachais pas à la plage allongée sur ma serviette ! Non, au contraire, j’étais fière de porter en moi deux êtres et d’exhiber ce gros bidou. Là aussi cet Homme m’a traité comme une diva.


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6 - Airtime, la rechute


La première année après l’accouchement a été plutôt vertigineuse, mais il faut laisser le temps au temps et ne pas trop s’en vouloir de ne pas rentrer dans ses fringues juste après avoir accouché. Je suis plus sereine aujourd'hui, mais à ce moment-là, j’ai eu énormément de mal à m’accepter. J’ai eu une sensation d’apesanteur, comme si je tombais dans le vide. La peur de rester comme cela à tout jamais me tenaillait. Je détestais ce ventre flasque, ces hanches plus larges, cette peau flétrie et ses seins tombants.


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À 36 ans, j’avoue avoir encore, comme le bateau pendule, des jours avec et des jours sans. Je ne suis pas fière du reflet dans le miroir de mon corps nu, mais j’aime ce qu’il transmet, je le reconnais, c’est le mien.
Je ne perçois plus la beauté d’une personne uniquement par ses formes, sinon par ce qu’il exprime.
Je ne me vois plus avec un corps abîmé sinon comme un livre dont chaque cicatrice est comme des chapitres qui racontent une jolie histoire.

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