OPK : Quand la féminité se dispute avec l'infertilité.

juin 21, 2017


OPK : feminité et infertilité




Un jour, il y a de cela trois ans, mon nouveau gynécologue m'a dit :

" Tiens, vous êtes OPK", d'un air pas surpris du tout.

 Opk ? Opérationnelle pour quoi ?

Pour rien du tout, de toute évidence.


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OPK? Syndrome et troubles associés...

Ce syndrome, les ovaires poly-kystiques, est causé par un déséquilibre hormonal qui entraîne des troubles endocriniens complexes provoquant la perturbation des cycles menstruels voire une anovulation. Bien, bien, bien. Bonne nouvelle, moi qui voulait, à l'époque, une famille nombreuse.

Mais encore ? Ah, j'ai dix énormes kystes, entourés d'une myriade de plus petits comparses, et ce, sur chaque ovaire ? Whou, c'est follicules party ! Chute des cheveux, raréfaction des cheveux pouvant conduire à l'alopécie. Ah, tiens, je pensais que c'était ma carence en vitamine D. Ben non. Mais encore ? Acné et peau grasse. D'accord, je signe aussi. Triacnéal, mon ami, vient par ici. Prise de poids importante pouvant conduire à une obésité. Beaucoup de difficultés à perdre du poids.Sans déconner ? Je pensais juste que c'était ma balance qui cherchait à m'entuber. Troubles de l'humeur pouvant conduire à la dépression. Mon chéri, je suis désolé, c'est mon follicule, il est de mauvais poil. Troubles de l'appétit. Loto bingo !

Joie.


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Maladie et féminité...

Puis :

"Je suis navré, il n'y a pas de traitement curatif. Si vous ne voulez pas d'enfants, on va se contenter de mettre les ovaires au repos et on avisera plus tard mais ça va être compliqué. "

Tout ce qui est ressorti de cette consultation (en dehors que je n'ovule pas et que je n'aurais jamais d'enfants "naturellement"), c'est que : je pourrais aller voir tous les dermatologues de la Terre, cela ne changera rien. Ma peau sera toujours une carte Mappy. Je pourrais faire toutes les cures de vitamine D et de levure de bière, je n'aurais jamais une crinière de star. Je pourrais faire tous les efforts alimentaires possibles, je ne serais jamais mince. Je pourrais bien gober des pilules de bonheur, j'aurais toujours cette tendance à la mélancolie.

Bien.

Je ne me suis pas rendue compte tout de suite que ma vie était sur le point de basculer. J'étais simplement tiraillée entre le soulagement qu'il y avait à entendre que tout mes petits soucis esthétiques n'étaient pas de mon fait, que ce n'était pas parce que j'étais une grosse molasse sans volonté que je ne ressemblais pas à Audrey Hepburn et par l’agacement de ne rien pouvoir y changer. Je n'avais pas encore compris quel impact cela aurait sur ma féminité, déjà mise à mal par tous les désagréments cités ci-dessus. Et puis, c'est arrivé comme une bombe à retardement.

"Malgré tous mes efforts, je ne peux rien y changer".

Alors, la question fatidique est tombée comme un couperet.

Pourquoi me tuerais-je à faire des efforts pour prendre soin de moi s'ils sont, de toute évidence, voués à l'échec ?

Elle est bonne celle-là, hein ?

... Parce que je m'aime et que je me respecte ? 
Blagounette. Je ne m'aimais pas. Je n'aimais pas mon reflet dans le miroir. J'avais honte de moi. Je me sentais hors-norme. Je voulais me cacher. Derrière des vêtements informes et du maquillage qui ne mettait pas du tout en valeur.

... Parce que je suis une femme, tout simplement ?
Re-blagounette. Une femme, vraiment ? Mais qu'est-ce qui me différenciait des petites filles maintenant que je ne pouvais pas devenir mère ?  Dans cette société glorifiant la grossesse et la maternité, l'essence du féminin n'y est-il pas intimement lié ? Et me voilà donc bannie du clan des vraies femmes, ce qui m'excluait aussi de tous les autres plaisirs liés à ce statut.

... Parce que si je ne fais pas d'efforts pour moi, je peux en faire pour mon homme ? 
Argument recevable. Même si je ne comprenais pas trop ce qu'il pouvait bien traficoter avec une fille comme moi. Après tout, je n'étais qu'un échec ambulant, non ?  L'échec d'un corps , d'une féminité aussi.... Il méritait bien mieux que cela. Est-ce que si je perdais l'essence même de ce qui faisait de moi une femme, j'étais encore digne d'être aimé ? Quel était l'intérêt d'être en couple, si ce n'était pas pour évoluer ensemble puis former une famille ? N'allait-il pas m'abandonner plus tard pour une femme féconde, à l'aise avec son corps, maîtresse de sa féminité ? Ce sont des questions qui, trois ans après, restent toujours en suspens , même si depuis notre couple évolue sans trop de peine dans d'autres directions ...


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Du rejet de la féminité suite à l'annonce de l'infertilité...

Au début, j'ai vécu une très grosse période de régression, où je rejetais tout en bloc. Plus de bijoux, plus de maquillage, un look de gamine, atteignant des summums quand je me suis mise à collectionner les t-shirt HelloKitty. Travaillant dans le milieu de la petite enfance, c'était un look sans prise de tête, qui convenait bien aux différents aléas de la garde d'enfants. Je ne faisais strictement aucun effort. Je bannissais le shopping, ma coupe de cheveux partait en vrille (le chignon vite fait, mal fait était devenu mon quotidien), je ne mettais plus de vernis alors que j'adorais ça, je n'achetais plus d'accessoires de mode ...

Bref, j'étais entrain de me laisser couler.

J'ai fini par quitter mon travail. J'ai entamé, un long processus de deuil : celui de mon rêve d'enfant. Petite, je me voyais habiter un chalet près des bois, élever des poules, planter des carottes, avoir des lapins et au moins quatre enfants, avec un chéri-mari très amoureux et une musique de la famille Ricoré en bande sonore.


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... jusqu'à l'acceptation de la maladie et les retrouvailles timides avec le droit d'être femme.

Aujourd'hui, ça fait un an que j'essaye de me ré-approprier mon corps, ma féminité. C'est très difficile. Je me sens gauche, empruntée. Pour moi, cela n'a rien de naturel.

Alors parfois, je suis lasse.

Parfois, j'en ai marre.

Vraiment.

Parfois, je suis fatiguée de tous ces efforts inutiles. Mais un corps, on n'en a qu'un. Et au final, si je le chouchoute, si je prends soin de lui, peut-être finira t'il par me le rendre. Ouais, je me fais l'effet de lui fournir des pots de vins pour qu'il stoppe son carnage. Et puis de toute façon, c'est comme ça. Se braquer et l'envoyer se faire voir ne changera rien à l'affaire. Alors, je vais chez le coiffeur, je fais une jolie coupe et une jolie colo, je mets du volumateur, je masse, j'hydrate, j'épile, je soigne, j'applique de la crème contre les imperfections, je me maquille, je mets du vernis semi permanent, je prends soin de mes ongles, je dors, je me dorlote, je fais la fille et puis c'est tout.

Je m'achète des vêtements, je m'initie à la mode, je me force à remplir mon armoire de belles choses,  je me paie des chaussures qui ont du style, je porte des bijoux, je cherche ma "griffe", je me parfume et je mets une chemise de nuit sexy.

Je fais la fille parce que mon corps à décidé de m'ôter tout ce qui me définit en tant que tel.

Je n'ovule pas.

Je n'aurais jamais d'enfants comme toutes ces femmes avant moi. Juste "comme ça".

Alors je peux bien me payer trois vernis de couleurs différentes pour mettre l'arc-en-ciel sur mes doigts.



écrit par Di.

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3 commentaires

  1. Coucou ma belle,
    Ton histoire m'a vraiment touchée. Les médecins peuvent vraiment manquer d'empathie parfois. Ce n'est pas le fait de pouvoir donner la vie qui fait de nous une femme même si la société et l'entourage à tendance pour nous le faire croire. Moi aussi j'ai des problèmes de fertilités, rien avoir avec ce que tu peux vivre mais je ne pourrai peut-être jamais avoir d'enfants naturellement. Au début, j'étais dans le déni mais avec le soutien de mon mari, j'ai fini par accepter l'idée. Peut-etre que j'aurai la chance d'avoir un enfant un jour, peut-être pas mais ce qui est sur que je ne suis plus obsédée par l'idée d'avoir un enfant.
    Merci pour ce témoignage !
    Deltrey

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    1. Oui, sans doute mais comme je ne voulais pas d'enfants et que je ne me suis pas effondrée dans son bureau, il a dû se dire que cela me passait au-dessus de la tête ..
      Je te fais un câlin. Je ne peux pas te dire que le chemin de l'acceptation sera facile, ce serait mentir, mais le temps aidant ... la vie reprend toujours ses droits. Et pas toujours de la manière dont on l'attend. De gros bisous.

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  2. plusieurs amies ont des difficultés pour devenir maman, certaines sont en colères contre elles-memes et contre leurs corps.
    Ton texte est très touchant mais je crois que nous ne pouvons pas comprendre ce que tu ressens si nous ne somme spas dans la même position. Cependant, je ne pense pas que le fait de ne pas pouvoir avoir d'enfant, fait que tu n'es pas une femme à part entière. Être maman n'est qu'une facette: nous sommes fille, nous sommes soeur, cousine, amie, collègue, épouse, conjointe, partenaire, confidente...et bien plus encore...

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