Virginie, 41 ans

juillet 28, 2017




Je vais vous l’avouer bien humblement : je ne sais pas trop comment aborder ce témoignage. Par quel bout prendre le sujet.


Mon rapport à mon corps ? Aujourd’hui comme hier, amour-haine. « Je t’aime, moi non plus ». Body-positive ? Je ne connaissais même pas ce terme avant de découvrir Toutes Belles, mais clairement, je n’y suis pas encore. Un jour peut-être, je ferais définitivement la paix avec mon apparence. Quand il n’y aura plus d’enjeu de séduction. Parce que c’est de cela aussi qu’il s’agit, non ?

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Enfant, j’étais idolâtrée par ma mère. 

Elle continue à porter un regard sur moi que je considère « hallucinatoirement » subjectif . C’est lié à son histoire à elle, je l’ai compris maintenant. Mon père étant plus distant et froid, très posé dans son rôle de Pater Familias, autorité, sévérité et tout le toutim, et surtout beaucoup plus tranchant dans ses jugements, c’est lui qui m’a refilé mon premier complexe (toujours présent) : mon nez. Il disait que j’avais le nez de la famille du côté de ma mère avec un ton qui laissait entendre que ce n’était pas une bonne chose. Je sais qu’il ne le faisait pas consciemment. Maintenant encore, il ne se prive pas de me dire si j’ai grossis. Mais il sait aussi me féliciter quand je mincis. Et qu’il me trouve plus jolie du coup…

Le regard des autres. 

Plaire. A votre père. Aux hommes. Aux autres en général. Ne pas pâtir d’une première impression négative au premier regard, surtout quand vous êtes déjà du genre timide. C’est tout ce qui construit le rapport à son corps, à son image.

Mon image justement. 

Quand j’étais assez jeune, j’ai commencé à expérimenter une espèce de dédoublement de personnalité qui était très troublant : parfois, je me laissais surprendre par mon reflet dans le miroir car il ne correspondait pas à ma vision intérieure de moi-même. Ma seule perception interne m’envoyait une image positive, mais le miroir brisait cela. C’était très étrange. Maintenant encore, même si la sensation est moins bouleversante, il m’arrive de ne pas me sentir en phase avec mon reflet. Comme si ça n’était pas vraiment moi. Comme quand vous entendez votre voix enregistrée et que vous n’arrivez pas à y reconnaître votre voix intérieure.


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Des complexes, j’en ai des tas d’autres.

Mes mains et mes pieds : pas assez fins et féminins, grossiers, difformes.
Mes yeux : l’un de mes rares atouts pourtant car il sont gris-bleus, mais tombants. Non, je ne perds pas mes yeux, mais leur forme est tombante.
Mes dents : trop grosses, elles se chevauchaient, puis j’ai porté des bagues pendant trèèèès longtemps. Maintenant elles sont juste grosses.
Mes seins : trop petits.
Mes fesses : trop larges.
Ma cellulite : no comment, je vais être vraiment désagréable.
Ma culotte de cheval : asymétrique en plus ! ce qui m’a valu une scène d’anthologie avec mon médecin à l’adolescence qui, tâtant ma cuisse droite et la comparant avec la gauche, s’est interrogé à haute voix sur cette anomalie, et moi de lui déclarer en me moquant : « ça, ça s’appelle de la culotte de cheval, Docteur ! » Je crois qu’il a rougi en comprenant qu’il avait peut-être touché (littéralement) à un sujet sensible.
Ma peau : j’ai l’impression de ne jamais être sortie de l’adolescence car je traîne toujours une peau à problème, sensible, tendance aux rougeurs…
Mes cheveux : bouclés avec des frisottis sur le contour du visage, trop secs, trop foncés.
Mon poids : une copine m’a dit le jour où elle m’a vu pour la première fois en sous-vêtements que j’étais une « fausse maigre ». J’ai compris tout de suite ce qu’elle voulait dire, c’était exactement ça ! Habillée, je donnais le change, la silhouette générale semblait correspondre aux normes acceptées des canons de beauté, mais la nudité révèle les détails inavouables. Depuis toujours, je me sens « bouboule ». Même à 22 ans, quand je pesais à peine 52kg parce qu’amoureuse d’un jeune con qui ne me regardait même pas, je rentrais le ventre par habitude.
Mes vergetures : apparues à l’adolescence, elles ne se sont pas arrangées avec le temps, les variations de poids et les grossesses.
Ma nuque : la seule chose que j’aime chez moi parce qu’un jour que nous étions à table chez mes grands-parents paternels, ma grand-mère l’a effleurée en me disant qu’elle était fine et élégante, faite pour porter des rivières de diamants… Merci Mamie. « Nuque-positive », c’est un début, non ?


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Les différents âges de la vie change notre façon d’aborder notre image, de nous percevoir et de nous comporter. 

Petite, je me sentais grosse et je pense que de ce fait, je serais toujours « grosse » au fond de moi : comme disait l’autre, on ne guérit pas de son enfance. Ado, je ne plaisais pas aux garçons de mon âge, mais j’ai vite senti que j’attirais les hommes plus âgés alors je me cachais pour ne pas attirer la concupiscence. Je n’étais du coup pas à l’aise avec la séduction ce qui m’a tenu à l’écart des relations amoureuses très longtemps.

Après une première grossesse, la relation au corps est de nouveau soumise à un bouleversement total. 

Quand, en plus, vous choisissez ce moment pour refaire votre vie, il faut réussir à livrer ce nouveau corps au regard d’un nouvel homme. Il vous appelle sa beauté, et dans une certaine mesure, vous le croyez.

Et puis, vous remettez ça avec une seconde grossesse. Césarienne en urgence. Balafre au milieu du ventre qui crée un bourrelet permanent au dessus de votre pubis. Et puis la quarantaine sonne un jour à votre porte avec son lot de rides, de zones flasques, de difficultés à perdre du poids aussi facilement qu’avant.

Au final, notre corps est un livre où s’écrit notre histoire. 

J’ai lu il y a bien longtemps de cela, « Des Grives aux Loups » de Claude Michelet : à la fin, un passage m’a marqué qui disait en gros que, cette cicatrice sur le visage de la mère, c’était celle apparue pour l’enfant perdu. C’était dit avec tendresse par son mari qui la voyait avec les yeux de l’amour et à travers leur histoire.

Notre corps a tous les signes extérieurs de notre richesse intérieure et c’est en cela qu’il est émouvant. Je le sais.

Mais de là à me sentir bien dedans…

Je me sens bien souvent juste « dull », « plain » comme disent les anglophones. Banal, fade. Physiquement. Donc non, je n’ai pas encore fait la paix avec mon corps. Le regard des autres, je commence tout juste à m’en foutre parce qu’avec l’âge, j’ai gagné en confiance. Le problème c’est que je me suis construite avec les canons de beauté qui sont ceux de notre société, et c’est dur de s’en détacher. Encore plus quand on vous y ajoute des critères de santé.


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Alors disons que j’essaye de me concentrer sur mon bien-être : quand je commence à ne plus me sentir bien, c’est que j’ai atteint la limite et qu’il faut que je retrouve une image de moi plus en harmonie avec ma vision intérieure de moi-même.

Et peut-être qu’un jour elle sera en phase avec mon reflet dans le miroir.



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1 commentaires

  1. Un beau témoignage ! Dès l'adolescence, on m'a souvent fait remarquer que j'avais le menton de ma grand-mère, ce qui n'était pas un compliment car il est accentué. Cela m'a longtemps complexé et me complexe encore parfois. Toutefois, comme pour les autres parties de mon corps que je n'apprécie pas tellement, j'essaie de relativiser. Chaque corps est unique et avec sa propre histoire, il faut réussir à l'accepter, j'espère y arriver un jour...

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